Ce que j'en dis (5) par Cedric Perrin
Je sais, je suis en retard. Mais une vilaine grippe m’a poignardé dans le dos (quoi de plus dangereux qu’une grippe avec un couteau ?) il y a de ça 5 jours et je commence seulement à m’en remettre. Mais pour dire vrai, j’ai failli ne pas m’en remettre. Parce que pendant ma convalescence, je n’ai rien trouvé de mieux que de finir de lire l’énorme recueil “La Mort de Superman”, qui traînait sur mon étagère depuis quelques mois, et ce fameux voyage au Comicon de Lille (je délire, c’est la fièvre). Mais quand on débourse 70 euros pour un ouvrage, même malade, on trouve le temps de le lire, même si c’est probablement une autre fièvre qui m’a poussé à cet achat, ce jour là.

Anyway, comme on dit, “la mort de Superman”, c’est ce qu’on appelle un truc culte. Et mes mots sont pesés. Culte parce que oui, Superman qui meurt, bah l’air de rien, c’est quand même un événement (info relayée dans les médias etc...). Et truc parce qu’il faut bien le dire, un peu à l’image de ce que DC et Marvel proposaient au moment de l’éclosion d’Image, c’est tout simplement illisible.
Petit cours de rattrapage pour ceux qui n’ont pas lu. Superman est bien peinard à Métropolis, personne ne l’a encore confondu avec Clark Kent (Métropolis est peuplé de neuneu) et il file le parfait amour avec Lois Lane lorsque Doomsday, un costaud qui vient de dessous la terre, fait son apparition. Le mec a une sorte de petite malformation au niveau du visage (des bouts de peaux l'empêchent de bien ouvrir la bouche), de très gros ongles (et pas de coupe-ongles, donc) et du coup, il est pas content. Il casse tout sur son passage, y compris ce qui semble plus ou moins être la JLA de l’époque et finit bien entendu à Métropolis. C’est un job pour Superman, tout ça, et c’est parti pour la castagne. Mais le Doomsday en question est dopé comme sur un Tour de France et donne du fil à retordre au héros en bleu. Du fil à retordre, là, ça veut dire que l’affaire dure plus d’une centaine de pages quand même. Au terme de quoi Doomsday est vaincu, mais Superman succombe à ses blessures. Finito, salut, bye bye, on ferme. Lois chiale à longueur de pages, tout le monde se demande où est Clark Kent (des neuneu, je vous disais) et les héros DC viennent timidement rendre hommage à l’homme à la cape (mais on les sent moins concerné que pour Sue Dibny, ou Cpt Marvel ou Cpt America chez Marvel, quand même...). Suite à quoi 4 nouveaux “Superman” apparaissent (Steel, le Superboy Cloné, le cyborg mi Sup mi-Terminator et une copie violente de Superman portant des lunettes jaunes) et se revendiquent comme étant les originaux. Là dessus, j’aurais aimé que Lois Lane se dévoue pour les tester mais c’est pas le genre de la maison visiblement, et ces 4 andouilles aussi charismatiques que des côtelettes cramées vont se taper sur la gueule pendant, là aussi, plusieurs centaines de pages. Jusqu’à ce que, bien entendu, le vrai, l’unique, l’oiseau, l’avion, le véritable Superman ne refasse son apparition. Et comme le temps a passé, il a les cheveux longs (vive les 90’s). Tout est bien qui finit bien.
Graphiquement parlant, c’est tout simplement une horreur. Il y a dans ce recueil ce qu’il m’a été donné de pire à voir dans les comics toutes époques confondues. Les pages signées Jon Bogdanove laissent à penser que n’importe qui pouvait, à cette époque, devenir dessinateur chez DC. Le reste est tellement triste, tellement “DC”, finalement, que c’est à en pleurer. Côté scénario, c’est pas la joie non plus. Si l’idée de départ est plutôt bonne (même si je tique à l’idée que l’on prévoit dès le début le retour du héros, comme le dit Mike Carlin dans la préface), et les story arc finalement pas si mal pensé d’un point de vu global, il faut voir que les épisodes eux mêmes sont d’une stupidité remarquable. Non seulement on se demande toujours ce que font les autres héros de DC à ce moment là (merdre, Sup est mort, bordel de nouille, ça viendrait pas à l’idée de Batman d’aller voir ce qui se passe à Métropolis ???), mais les intrigues relatives aux nouveaux Supermen sont, à l’exception peut être de celles concernant Steel, inintéressantes et tirent laborieusement en longueur. La faute, à mon avis, à l’un des scénaristes les plus “à côté de la plaque” de sa génération, à savoir Dan Jurgens. Entre cette histoire, celle du Clone de Spidey pour Marvel et Booster Gold, je ne vois rien chez ce mec qui force le respect. Comme c’est souvent le cas chez les auteurs de DC, lui et ses amis sont incapables de tirer la substantifique moelle d’un événement comme la mort de Superman. Qu’est-ce que cela inspire chez les gens. Quelle peur cela fait naître chez eux ? Est-ce que les vilains en profitent (là, un Lex Luthor chevelu en profite juste pour faire mumuse avec sa poupée gonflable Supergirl) ? Quelle est la réponse du gouvernement américain ? Il y a tellement de choses à raconter, à traiter, et ici tout n’est que baston débile et punch line fatigante. Même Jeph Loeb, que je n’adore pas, aurait pu faire de bien belle chose à partir de cette histoire. Là ne reste qu’une hideuse pièce montée. Dommage. Je referme mon livre et je le remet sur mon étagère. je ne suis pas près de le rouvrir mais ce n’est pas grave, l’ouvrage est beau, quand il est fermé. Et c’est comme on dit “un bel objet de collection”. Le prochain, dans le genre, ça sera les deux volumes du Clone, justement, chez Panini. Ah non, ça doit encore être la fièvre qui me fait parler.
Avec ce billet s’achève ce run pour Comics Place. La fin fût, d’un point de vue de parution, un peu chaotique, et je vous présente, à l’équipe comme aux lecteurs, toutes mes excuses. Le travail, les fêtes et la santé auront été mes nemesis pour cette fin de contrat. Néanmoins, ce fut un plaisir d’écrire ici, de partager mes points de vue avec vous et de me faire insulter comme cela est souvent le cas sur les blogs (quand on aime on s’enflamme). peut être reviendrais-je en 2009. Si c’est le cas, peut être faudra-t-il que je fasse à la manière de Madureira ou Lindelof, et que j’attende d’avoir un peu d’avance avant de commencer la publication. En tout cas merci pour tout, passez une très belle fin d’année, et lisez des comics... ou pas.
Enfin moi, c’que j’en dis...