Ce que j'en dis (4) par Cedric Perrin
En ces temps où il est bon de remettre en question l’intérêt de cet univers et des séries qui lui sont liées, je me décide à prendre un risque énorme en disant à la terre entière : Je suis fan de l’Ultimate Universe ! Alors ok, je suis passé complètement à côté de USM (et c’est sans doute grave pour un Bendis Hardcore Fan like me), je suis loin d’avoir tout lu de Ultimate X-Men (une vingtaine de numéros je crois) et mes doigts n’ont jamais ne serait-ce que frôlé la couverture de UFF, mais pourtant, oui, j’aime le monde Ultime !
D’accord, cette sortie ne doit pas grand chose au hasard. Je viens de terminer les premiers numéros de Ultimates 3 et de Ultimate Humain en version Panini. Si je n’attendais pas grand chose de la série de Warren Ellis, j’étais probablement comme des milliards d’individus sur terre, je tremblais en me demandant si Loeb allait être capable de prendre dignement le relais de Millar sur la série phare de l’univers parallèle. Bon, pas de miracle de la part de celui qui a signé les pires épisodes de Smallville et de Lost (on ne tire pas sur une ambulance, je ne vais même pas dire un mot sur Heroes...), son récit est loin, très loin même d’arriver au niveau de ce que Millar a été capable de faire en l’espace de 2 sagas. En disant ça à propos de Millar sur Comics Place, je me sens un peu chez moi. Mais c’est vrai, si je suis loin d'idolâtrer Marky Mark, il faut reconnaître que ces vengeurs nouvelle version ont eu une putain de gueule. Et surtout, il n’avait pas son pareil pour nous embarquer dans des aventures épiques qui, si elles n'avaient pas le sel des pérégrinations de l’Authority (soupir nostalgique), ne manquaient pas de piquant (je suis dans la métaphore d'assaisonnement, cette semaine, sympa, non ?). Et si je suis le premier à souligner le caractère redondant de beaucoup de ses dialogues (chez Millar, très souvent, les personnages racontent ce qu’ils viennent de faire, et qu’on vient donc de voir), je dois bien avouer qu’il y a un domaine dans lequel il excelle : la caractérisation des personnages.

Il n’y a qu’à voir Captain America. Dans sa version Ultimate, c’est un personnage rétrograde, presque réactionnaire mais avec une force dramatique incroyable. Perdu dans un monde dont il ne maîtrise plus les codes (mais le veut-il vraiment ?), il cherche dans la logique de l’affrontement les bases d’un système qui lui semble être familier. Sauf que dans le monde d’aujourd’hui (plus proche du monde Ultimate que du monde “classique” de Marvel), les conflits sont complexes, les motivations sont troubles et les manipulations sont légion. Et il est clair que si l’on oppose ce personnage à son modèle original, le premier prend un sacré coup de vieux. Bon je sais, vous allez me dire, le premier est mort, donc pour le coup de vieux, on peut difficilement faire pire. Certes. Mais même si je suis fan des histoires que Brubaker a imaginées pour Cap, il m’est difficile de voir chez lui autre chose qu’un personnage figé dans son passé, dont le quotidien n’est pas vraiment bandant (agent du Shield, la classe), au mieux gentiment monolithique, au pire un brin incohérent (voir sa position dans Civil War, sujette à débat), et dont l’objectif n’a pas vraiment changé en 50 ans (à savoir foutre une raclée à Crâne Rouge tout en s’étonnant que Bucky ne soit pas mort).
Bon là, je parle de Cap, mais je trouve que l’ensemble des personnages imaginés par Millar sont globalement plus forts, mieux caractérisés que leurs modèles. Et c’est, je crois, ce qui me fait aimer cet univers. Et les multiples sagas qui en ont découlé (Nightmare, Six, Vision, Secret, Extinction, Powers, que j’ai vraiment beaucoup aimé, et j’en passe...). Même l’utilisation de Hulk, qui est un personnage qui n’offre pas beaucoup d’interprétation crédible (Le Hulk de WWH, par exemple), ici réduite à la fonction “d’arme malgré lui” me semble vraiment intéressante (et les scénaristes responsables des futurs films Marvel feraient bien de s’en inspirer).
Bon, mais où j’en étais, là ? Ah oui, Ultimates 3. C’est marrant parce qu’en quelques pages, Loeb impose la patte du scénariste qu’il est devenu depuis quelques années ; c’est à dire celle d’un mauvais scénariste (ne vous enflammez pas, tout cela est totalement subjectif !). On commence d’entrée par une grosse bonne séquence de baston en y mettant tout plein de questions mystérieuses dedans (c’est probablement son passage sur Lost qui a déréglé les niveaux dramaturgiques de son cerveau d’auteur). Qui est la fille que cherche Venom ? Qui est ce Venom ? Hawkeye est-il devenu Bullseye ? Pourquoi les habits de Walkyrie ne se déchirent pas pendant le combat ? Thomas est-il Bart ? Enfin bref, le suspens est à son comble. Un procédé scénaristique classique, efficace, qui plaît aux moins regardants (où aux fanatiques) et qui offre l’opportunité à l’auteur en question d’avoir un peu de répits avant d’avoir de vraies idées. Vous l’aurez devinez, je ne suis pas fan de ce système, mais c’est pas grave, comme une grosse andouille que je suis, je ne manquerai pas le prochain numéro. Surtout que du niveau du rendu artistique, là, par contre, c’est la classe.
Madureira est peut être une feignasse du crayon (comme une grosse partie des “artistes Image”, d’ailleurs), mais quand il le prend (le crayon), pas de doute, il déchire. Ses personnages sont massifs, imposants, ses héros prennent de fait des statures presque mythologiques (à l’inverse de Hitch qui les rendait volontairement très “humains”). Je trouve que le storyline fonctionne bien et, me concernant, je suis plutôt fan du style “crayonné” comme dans ce premier numéro, et même, allez, de la couleur, à propos de laquelle il semble de bon ton de dire du mal (relisez les comics Marvel du début des années 90, vous allez voir ce que c’est que de la couleur qui fait mal aux yeux...). Bref, je sais déjà que quand cette maxi série de... de combien déjà ? Ah oui, c’est vrai... Donc, je sais que quand cette mini série de 5 épisode sortira en édition prestige, il y aura de grandes chances pour que je dégaine ma carte bleue. D’ici là, je savoure, j’attends Ultimatum (même si je déteste les affiches teaser qu’on peut voir en ce moment), Origins et surtout le retour de Millar aux manettes. Tuez toutes les séries que vous voulez, tant que vous gardez celle là !
Enfin, moi, c’que j’e dis....