"Ce que j'en dis" par Cedric Perrin
En traînant sur le forum de la Bulle Comics, et en abordant le sempiternel sujet du “je préfère Marvel - Mais t’es qu’une courgette, DC c’est plus mieux”, j’ai fait la connaissance de deux charmants garçons (enfin je pense qu’il s’agit de garçons mais il n’est pas non plus interdit de fantasmer) à qui j’expliquais que j’avais depuis de nombreuses années beaucoup de mal avec DC, ses saga magico-spaciales et ses Crisis en série, mais qu’en même temps cela me rendait un peu triste (je suis un mec sensible) tant j’aimais Batman et Superman. Je sais, c’est un peu bateau d’aimer ces personnages là. Tout le monde en convient, ils n’ont plus rien d’underground, ils sont quasiment tombés dans le domaine public et tout le monde, de Paris à Bejing, de Courchevel à Louisville (dans le Kentucky), tout le monde sait plus ou moins quelque chose sur ces deux personnages.
Ce qui est amusant avec ces héros dont le mythe est devenu presque plus grand qu’eux, c’est qu’ils sont au coeur d’un petit paradoxe. D’un côté on peut à juste titre les considérer comme figés, voire usés (qui a dit dépassés), et d’un autre côté ils nourrissent encore et toujours les fantasmes du public. Il n’y a qu’à voir le succès des films (même du Superman de Singer, même si c’est une déception) ou le buzz fait autour d’un unique plan du film “I’m Legend” où l’on pouvait apercevoir l’affiche d’un film (qu’on espère plus pour longtemps) imaginaire célébrant la rencontre entre les deux super-héros. Dites-vous que si l’affiche avait sous entendu un crossover entre “Black Canary” et “Blue Beatle”, on en aurait un peu moins parlé.
Enfin bref.
A mes nouveaux amis je confiais non sans une pointe d’émotion ne plus lire les aventures solos de Sup et de Bat depuis a while (je suis totaly bilingue) et eux de me dire que j’avais tort, qu’il fallait pas rester sur cette impression sous peine de passer à côté de quelque chose de brillant. Soit. Bon, certes, on ‘avait dit ça d’Invincible (spécial dédicace aux futurs commentaires), mais, encore une fois, je joue le jeu. On me conseille donc de reprendre l’édition française au N°5 de Superman - Batman, puisque c’est le début de Superman par Busiek et de Batman par Morisson. Je me frotte les mains, je vais chez Pulp’s Comics, je rattrape mon retard (là c’est eux qui se frottent les mains) et je commence à lire.
Deux choses me viennent rapidement à l’esprit. La première est que je n’arrive pas à comprendre l’intérêt d’avoir deux séries en parallèle sur un seul héros si ce n’est pas pour donner un minimum de cohérence à l’ensemble. Parce que là, j’ai en même temps Superman à Belgrade contre une créature musclée (venue de l’espace) et Superman à Metropolis contre une créature géante (venue de l’espace). Aux Etats Unis les séries sortent en même temps, mais ne font jamais référence l’une à l’autre. Par contre elles sont signées par le même auteur. Bon, c’est qu’il doit y avoir 2 Superman alors. Sais pas. Il doit y avoir 2 Batman, aussi, parce que d’un côté j’ai Bruce Wayne qui se ballade à Londres (il parait qu’il n’y a plus un méchant à Gotham) et de l’autre j’ai Bruce Wayne qui se bat contre Poison Ivy et Two faces à Gotham (bah alors, je croyais qu’il n’y avait plus personne ???). je ne comprends plus rien.
Ma seconde réflexion est celle que je me fais depuis très très longtemps. Et elle concerne plus Superman que Batman. Pour le second, on voit bien chez Morisson une volonté de raconter autre chose, de jouer avec la continuité, de lui mettre un fils dans les pattes, bref de faire évoluer le personnage (et de ce côté là je trouve que la série est vraiment intéressante). Mais pour Superman, le constat est sans appel : on raconte toujours la même histoire. Soit Superman affronte un mec qui vient de l’espace, qui parait plus fort car il utilise la magie (c’est fréquent dans l’espace) mais finalement non, soit Superman perd ses pouvoirs (un grand classique utilisé dans la BD mais également dans les films et les séries, que je déteste par dessus tout), est sur le point de se faire battre et finalement non. Soit je n’ai pas eu de bol et j’ai loupé ce qui s’est fait de différent soit, pour une raison que j’ignore, il est impossible de s’éloigner de ces deux cas de figure. Alors je sais, tant qu’on a pas fait ses valises, payé pour un passeport biométrique et qu’on est pas allé frapper à la porte de DC en criant “I have an idea !”, il est facile de juger et de critiquer. Et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de croire qu’il y a des choses intéressantes à raconter avec ce personnage, qu’il y a de quoi jouer avec le mythe, de quoi exploiter ce qu’il représente pour les américains (parce qu’à force d’être le héros de tout le monde, on ne l’est de personne).
Azzarello, sur “For Tomorrow” avait joué un peu avec ça avant de se perdre dans quelque chose qui ne pouvait plus rien dire (et contre Zod, wahou, du jamais vu), mais bon quand même. Changez-le d’univers et voyez comment réagit le personnage face à la loi de recensement des super-héros, je sais pas moi. Il y a eu Crisis Indentity et les lavages de cerveaux il y a eu Omac et le meurtre en direct réalisé par Wonder Woman, j’ai du mal à croire que Superman puisse encore être celui qu’il était avant ça.
Et j’ai aussi un peu de mal à lire, dans les comics DC en 2008, pendant une bataille entre un extraterrestre musclé et Superman, le premier dire “tu vas mourir Superman !” et l’autre répondre “c’est ce qu’on va voiiiiir !”. Dans “The Dark Knight”, en plein combat, le Joker supplie Batman de le tuer. C’est donc possible, et ça a quand même plus de gueule, non ?
Enfin moi, c’que j’en dis...