Les coups de coeur 2008 d'Alexandre : cinéma
Cette année, je n'ai pas vu beaucoup de grands films. Il y a eu No Country for Old Men, le premier bon film des frères Coen, le premier aussi à éviter leur ramassis de coeneries habituelles. Mais il y a surtout eu deux chef d'oeuvres qui ont ébloui ce cru 2008, tous deux venus des Etats-Unis (encore) : Phénomènes de Night Shyamalan, et L'Echange de Clint Eastwood. Deux films injustement mal reçus par un ramassis de critiques sans coeur et sans yeux (au moins le second l'est par le public). Deux films qui au delà de qualités évidentes, vous prennent les tripes, ne vous lachent plus, vous réveillent la nuit. Deux films sensitifs, émotionnels, qui font appel à ce que le cinéma à de plus beau, lorsqu'il rejoint la musique : vous arracher un frisson ou une larme par un (r)accord parfait.
Phénomènes joue sur des peurs primales, renvoie l'être civilisé de nos grandes villes à l'étât d'homme animal, effrayé par un bruissement de vent dans les herbes, fuyant et guettant une bourasque mortelle. Des plans d'une simplicité étonnante, des séquences de suicide mises en scènes avec la sobriété et la distance exacte, des répétitions vocales annonciatrices inquiétantes, tant de trouvailles brillantes de simplicité qui nous plongent dans une angoisse permanente. Point de suspens ici, Shyamalan l'expulse dès les premières minutes pour se concentrer sur la tension. Car le film ne perd pas de temps, on pose les bases très vite afin de dépasser la simple bonne idée scénaristique, et partir ailleurs, entre fougères et émotions vraies.

Le film de Shyamalan est très simple dans sa structure, et sa facture (humour, musiques, émissions tv) assez "années 80" surprend. Le rythme et la façon dont l'intrigue est menée sont très hitchcockiens, la prestation idéale -à des lieux de l'actor studio- de Mark Wahlberg et le jeu décalé et si fin de Zooey Deschanel sont parfaits, et ce trio égaré après un drame (une succession en l'occurence), ça ne vous rappelle rien ? Mais si voyons, c'est la version américaine raccourcie (et un tantinet plus bavarde, américaine donc) du Eureka de Shinji Aoyama !
Nul doute que pour que la masse voit en pareil chef d'oeuvre un nanard, il y à derrière tout ça un réflexe de protection de l'homme qui ne veut pas voir et entendre ce qui l'effraie. Après tout, le spectateur de cinéma ne redevient-il pas le temps de la projection l'homme primal, guettant par la lumière prodiguée parcimonieusement quelques images projetées dans cette sombre caverne ? Un début d'explication, peut être moins pessimiste que la triste constatation que les gens ont désapris à voir.
L'Echange lui, est de facture plus classique, très académique dès les premières minutes, à tel point que durant le premier quart d'heure je me faisais la réflexion suivante "pourquoi suis-je assis dans cette salle, sinon parce que c'est signé Eastwood... (et peut être aussi parce que le scénario est signé J.Michael Straczynski, conscience professionnelle oblige). Et puis le film démarre, rompt viollemment le climat installé en entame, et une fois encore, vous prends aux tripes. L'histoire ouvre sur une trame convenue - et à partir d'une histoire vraie - une multitude de tiroirs sans fond, plongeant le personnage interprété par Angelina Jolie dans les affres de son combat pour la vérité. Et l'actrice s'en sort à merveille, crédible, "épaisse" et filmée comme jamais, par Eastwood qui dira d'elle qu'elle a "le plus beau visage d'Hollywood". Et force est de constater que via sa caméra, la belle nous apparaît émouvante comme jamais, tiraillé en permanence, fascinante, mémorable.
Au delà d'Angelina Jolie, Jeffrey Donovan surprend dans un rôle d'ordure, John Malkovich trouve un rôle à sa hauteur (ça faisait longtemps), et Michael Kelly et Jason Butler Harner sont bien plus que des seconds rôles; en effet, aucun personnage secondaire n'est laissé de coté, le film sait prendre le temps nécessaire pour leur donner corps, et sait souvent capter intelligemment une expression, un détail qui fait sens. Le film ajoute au classique "destin de femme dans la tourmente" des éléments d'effroi et de violence hors du commun, avec notamment deux séquences (dont il est impossible de parler sans vous spoiler) dont le souvenir devrait vous suivre un bon moment, aussi brillante par leur intégration à la narration (merci J. Michael) que par leur traitement (merci Clint).
La force de ces deux films tient quelque part ici, dans leur capacité à jouer la gamme de la tension (humaine, dramatique) avec quelques notes brillament déclinées, comme la rengaine simple composée par Eastwood, ou les nappes carpenteriennes de Phénomènes.
Phénomènes joue sur des peurs primales, renvoie l'être civilisé de nos grandes villes à l'étât d'homme animal, effrayé par un bruissement de vent dans les herbes, fuyant et guettant une bourasque mortelle. Des plans d'une simplicité étonnante, des séquences de suicide mises en scènes avec la sobriété et la distance exacte, des répétitions vocales annonciatrices inquiétantes, tant de trouvailles brillantes de simplicité qui nous plongent dans une angoisse permanente. Point de suspens ici, Shyamalan l'expulse dès les premières minutes pour se concentrer sur la tension. Car le film ne perd pas de temps, on pose les bases très vite afin de dépasser la simple bonne idée scénaristique, et partir ailleurs, entre fougères et émotions vraies.

Le film de Shyamalan est très simple dans sa structure, et sa facture (humour, musiques, émissions tv) assez "années 80" surprend. Le rythme et la façon dont l'intrigue est menée sont très hitchcockiens, la prestation idéale -à des lieux de l'actor studio- de Mark Wahlberg et le jeu décalé et si fin de Zooey Deschanel sont parfaits, et ce trio égaré après un drame (une succession en l'occurence), ça ne vous rappelle rien ? Mais si voyons, c'est la version américaine raccourcie (et un tantinet plus bavarde, américaine donc) du Eureka de Shinji Aoyama !
Nul doute que pour que la masse voit en pareil chef d'oeuvre un nanard, il y à derrière tout ça un réflexe de protection de l'homme qui ne veut pas voir et entendre ce qui l'effraie. Après tout, le spectateur de cinéma ne redevient-il pas le temps de la projection l'homme primal, guettant par la lumière prodiguée parcimonieusement quelques images projetées dans cette sombre caverne ? Un début d'explication, peut être moins pessimiste que la triste constatation que les gens ont désapris à voir.
L'Echange lui, est de facture plus classique, très académique dès les premières minutes, à tel point que durant le premier quart d'heure je me faisais la réflexion suivante "pourquoi suis-je assis dans cette salle, sinon parce que c'est signé Eastwood... (et peut être aussi parce que le scénario est signé J.Michael Straczynski, conscience professionnelle oblige). Et puis le film démarre, rompt viollemment le climat installé en entame, et une fois encore, vous prends aux tripes. L'histoire ouvre sur une trame convenue - et à partir d'une histoire vraie - une multitude de tiroirs sans fond, plongeant le personnage interprété par Angelina Jolie dans les affres de son combat pour la vérité. Et l'actrice s'en sort à merveille, crédible, "épaisse" et filmée comme jamais, par Eastwood qui dira d'elle qu'elle a "le plus beau visage d'Hollywood". Et force est de constater que via sa caméra, la belle nous apparaît émouvante comme jamais, tiraillé en permanence, fascinante, mémorable.
Au delà d'Angelina Jolie, Jeffrey Donovan surprend dans un rôle d'ordure, John Malkovich trouve un rôle à sa hauteur (ça faisait longtemps), et Michael Kelly et Jason Butler Harner sont bien plus que des seconds rôles; en effet, aucun personnage secondaire n'est laissé de coté, le film sait prendre le temps nécessaire pour leur donner corps, et sait souvent capter intelligemment une expression, un détail qui fait sens. Le film ajoute au classique "destin de femme dans la tourmente" des éléments d'effroi et de violence hors du commun, avec notamment deux séquences (dont il est impossible de parler sans vous spoiler) dont le souvenir devrait vous suivre un bon moment, aussi brillante par leur intégration à la narration (merci J. Michael) que par leur traitement (merci Clint). La force de ces deux films tient quelque part ici, dans leur capacité à jouer la gamme de la tension (humaine, dramatique) avec quelques notes brillament déclinées, comme la rengaine simple composée par Eastwood, ou les nappes carpenteriennes de Phénomènes.
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