Tellos

Publié le par Thomas

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Dans les années 90, de nombreux artistes ont souhaité prendre du recul par rapport aux Majors que sont Marvel et DC, à l’image des créateurs d’Image Comics en 92, afin de mettre en scène et en image leurs propres créations. On a beaucoup parlé de Joe Madureira (Battle Chasers), de Michael Turner (Fathom) et de J. Scott Campbell (Danger Girl), certainement les plus populaires et les plus médiatiques. Mais en marge de ces succès, d’autres auteurs moins « hype » ont réalisé leur rêve : donner naissance à des projets personnels. Ce fût le cas de Mike Wieringo et Todd Dezago, le jour où ils ont lançé Tellos.
 
L’image que j’avais de Mike Wieringo à l’époque était celle d’un artiste de seconde zone œuvrant sur Spider-Man comme on va à l’usine, sorte de Mark Bagley mieux inspiré. J’avais le souvenir de la mini-série Rogue (Malicia en RCM chez Semic) de piètre qualité. A la sortie de Tellos, ne me sentant pas concerné par ce comics, je l’ai boudé, comme beaucoup de lecteurs d’ailleurs.
 
Là était mon erreur.
 
Heureusement, la tendance de marché actuelle qui consiste à rééditer des intégrales en beaux livres nous offre aujourd’hui une séance de rattrapage et la possibilité de (re)découvrir Tellos dans un format qui rend à ce conte toute sa splendeur et toute sa grandeur.
 
Il y a des comics, des films ou des livres qu’on découvre après tout le monde et pour lesquels on se demande comment on a fait pour passer à coté si longtemps. Tellos est de ceux là. Non seulement c’est une œuvre majeure dans la carrière de Wieringo, mais en plus, c’est une histoire passionnante superbement illustrée, qui redéfinit l’heroic fantasy en la rendant accessible, simple et belle. Les pseudo auteurs de chez Soleil en France feraient bien de lire Tellos avant de continuer de plancher sur leurs Lanfeust et autres Trolls de Troy, on a trouvé LA référence en la matière, ne cherchez plus, elle est sous vos yeux.
 
Tellos c’est une histoire en 10 épisodes publiée par Image Comics et Gorilla Comics (le label mort-né qui regroupait Mark Waid, Kurt Busiek, Stuart Immonem et Barry Kitson entre autres). C’est aussi une histoire complète avec un début et une fin, une fable, un conte fantastique peuplé de monstres gentils et de créatures démoniaques, un récit épique sorti de l’imagination de grands auteurs complémentaires et passionnés.
 
Ceux qui ont aimé les 4 Fantastiques de Mike Wieringo et qui ne connaissent pas Tellos vont adorer : c’est un bijou, une révélation, un « instant classic » comme ,on dit à Manhattan. Todd Dezago signe un scénario malin et surprenant, Weiringo lui met tout son amour et son talent dans la bataille, Tellos est son bébé, jamais il ne s’est autant appliqué, ne baissant jamais le niveau de son dessin et ce malgré les ventes catastrophiques de la série à l’époque qui auraient pu le démotiver. C’est son travail le plus abouti, il est d’ailleurs curieux qu’on ait jamais retrouvé un tel niveau de maitrise par la suite dans son travail (Ses Fantastic Four et son récent Spider-Man, malgré de grandes qualités artistiques, restent en dessous de son travail sur Tellos). Tellos est habité par la passion et par l’amour de ce métier, Wieringo s’y est révélé, il a trouvé sa voie, le juste ton, un dosage exquis de ce qui fait d’un comics un classique. Ses dernières illustrations disponibles sur son MySpace peuvent en témoigner, Wieringo quand, il dessine Tellos, c’est le top.
 
En perdant Mike Wieringo, le monde des comics a perdu un auteur et un illustrateur de génie, capable de dessiner des mondes merveilleux et de magnifier les super-héros. Weiringo reste et restera cet auteur incroyable au trait cartoony maitrisé plein de poésie et de charme, son Tellos Colossal, sorti quelques semaines après sa tragique disparition nous rappelle à quel point c’était un génie, un chant du cygne en guise d’hommage qui fait de lui une légende.
 
Tellos restera l’œuvre d’un artiste parti trop tôt, il laisse cet héritage au monde des comics, et malgré le chagrin, Wieringo restera celui qui a vécu son rêve, en prenant des risques, afin de laisser derrière lui un livre pour l’éternité. Ce n’est pas donné à tout les artistes de Comics, beaucoup resteront de bons ouvriers ayant laissé une pierre à l’édifice d’un autre, ou quelques stock options de plus à des actionnaires de sociétés quottées en bourse. Dans sa trop courte carrière il a su s’offrir une parenthèse qui restera, un luxe qui lui permet d’entrer dans la légende, une fois pour toutes.

Tellos Colossal
est un livre à posséder et à chérir, il est disponible chez Image Comics en V.O. au prix de 40$ (30€). En espérant qu’un éditeur Français en fasse de même.
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Publié dans Lectures

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